Le sanctuaire et le grand temple circulaire

par Pierre Aupert, directeur de recherche au CNRS.

Le moulin installé au XVIe siècle sur le podium circulaire d'un temple montre que l'on a de longue date eu conscience de la présence d'un socle de maçonnerie capable de supporter une construction.

Ce temple comporte une colonnade à sa périphérie et une cella ronde au centre. Cette cella ouvre vers l'est, comme la plupart des temples antiques, et l'on y accède par un porche précédé par un vaste escalier.
Deux autres temples identiques sont actuellement connus dans la région : la Tour de Vésone à Périgueux et les Tours Mirande à Vendeuvre-du-Poitou, près de Poitiers.

 

Le porche

En haut de l'escalier, on pénètre dans un porche profond de 12 m, muni de colonnes en façade. Il était couvert d'un toit à double pente, avec fronton en façade, et venait se raccorder à la colonnade périphérique du podium par l'intermédiaire des pilastres* obliques.


* pilastre : renfort d'un mur servant également de décor.

 

Reconstitution du sanctuaire du Fâ
Reconstitution du sanctuaire

 
 

La colonnade et la galerie circulaires

La corniche du podium portait, en retrait, une colonnade circulaire. Deux fragments de fûts de colonnes sont susceptibles d'être restituées là. En appliquant le même rapport qu'à Vésone, on trouve une hauteur de colonne de 13,50 m. Si l'on ajoute, sur le chapiteau corinthien une hauteur d'architrave, une frise, une toiture et une corniche, on arrive à une hauteur totale extérieure de 16 m environ.

La cella

Au centre, s'érige une cella d'un diamètre externe de 20,85 m. Son mur possède la remarquable épaisseur de 2,70 m. Il est en outre renforcé par 12 pilastres engagés en grand appareil. Si l'on se fie toujours à la comparaison avec Vésone, la toiture culminait à quelque 35 m au-dessus du niveau de la cour : on voit qu'il s'agissait donc là d'un édifice d'une ampleur considérable.
Les sols de la cella et de la galerie étaient revêtus de plaques de marbre polychrome. Il en allait de même pour les murs. L'originalité de cette cella réside dans les pilastres engagés dans sa maçonnerie. Outre leur rôle de renfort, ils décoraient et rythmaient la surface du cylindre, dont ils dépassaient de quelques centimètres. Il s'agit là d'un dispositif unique à notre connaissance dans l'architecture gallo-romaine, d'essence quasi baroque, et qui distingue cette fois nettement notre temple de celui de Vésone.

Le portique du péribole

 

Fouille du sanctuaire
Fouille du sanctuaire

 

Ce temple est situé dans une vaste cour d'environ 120 x 110 m, entourée par un portique* d'une largeur de 5,70 m portée à 7 m en façade est. Le stylobate*, large de 1 m environ, pouvait porter des colonnes de 0,85 m de diamètre, dont deux tambours ont été repérés aux environs. Dans ce cas, la hauteur de ce portique serait de l'ordre d'une douzaine de mètres de hauteur sous plafond.
Ce sanctuaire, déjà situé au point culminant, était donc visible depuis l'ensemble de la ville.

 
 

* portique : galerie ouverte, à arcades ou à colonnade.
* stylobate : mur en soubassement supportant une colonnade.

Les fouilles du sanctuaire

Le chantier du grand temple s'est déroulé sous la responsabilité de Pierre Aupert, assisté de Robert Baupoux. C'est en 1995 que l'on découvrit que le site avait connu deux phases principales de construction, différenciées par un énorme remblai de 2,30 m d'épaisseur ennoyant le mur arasé du péribole de l'état I. On mit au jour des colonnes et des fragments de chapiteaux appartenant à la première construction, le temple circulaire et son portique constituant l'état II.

L'année suivante, une vaste fosse  fut découverte le long du péribole dans le sol de l'état I. En 1997 et 1998, la fouille sur le podium du grand temple circulaire permit de trouver des repères de construction (corniche, dallage, puits...) et de dresser un plan plus précis. Les fouilles suivantes en 1999 et 2000 ont concerné les puits creusés dans le podium.